Entrevue
avec Guylaine Cliche sur les
ondes de Rock Détente Rimouski 26
avril 2011
Extraits
de la
conférence présentée le
5 mars 2011
Entrevue
radio présentée le 17 janvier 2011
Discours
de Jocelyna Dubuc lors du lancement du recueil
MURMURE DE FEMME
Extrait de la
revue Cheminement
publiée à l'automne 2010
LA
MANIFESTATION DU FEU SACRÉ
Par moments, le feu est si chaud entre deux êtres,
qu’il asphyxie les mots, ne laissant brûler
que le souffle et les doigts.
Guylaine
Cliche
Le ressenti nous confirme que nous sommes vivants. Le quotidien de bien
des humains est si plein que l’espace accordé
à l’écoute de cette flamme
intérieure se restreint, parfois même le feu
s’éteint. Est-ce alors possible de le ranimer?
Souvent, sous la cendre, se trouvent d’ardents tisons
qu’il suffit d’alimenter pour revoir la flamme se
déployer. Ce feu intérieur est si important
qu’il est vital. On le garde vivant en le nourrissant de ce
que nous aimons de la vie. Pour un, c’est le jardinage, pour
l’autre, c’est la pêche, pour chacun il y
a une source vive qu’il suffit le laisser émerger.
L’écriture est l’une de ces flammes.
Elle crée une voie, une voix, permettant au feu
sacré de se manifester. Pour moi, elle est même un
rite pour l’honorer.
L’Amour est feu sacré qui réchauffe,
réconforte, apaise, purifie. Et la passion, feu
sacré à son apogée, donne vie aux plus
grandes réalisations que l’homme accomplisse.
Aussi, les mots sont puissants, on le sait. Quand on aime, on peut se
servir d’eux pour l’exprimer. Or,
l’exprimer par l’écriture est un bien
grand geste de création puisque, par
l’écriture, les mots ont le potentiel
d’être immortalisés. Si nous connaissons
aujourd’hui l’origine des réalisations
humaines passées, c’est que quelqu’un
l’a écrit. L’écriture rend
quasi éternelle l’histoire de chaque flamme
sacrée manifestée.
L’écriture a immortalisé de nombreuses
sociétés anciennes jusqu’à
nos jours. Et quand la guerre s’est manifestée
dans ces sociétés, les bibliothèques
devenaient des cibles de choix, sachant que si l’on
détruisait la connaissance imprimée,
c’est un grand mal qui était infligé au
peuple visé. On n’a qu’à
penser à la destruction de la gigantesque
bibliothèque d’Alexandrie il y a très
longtemps. Encore aujourd’hui, les guerres font rage sur le
patrimoine culturel de l’humanité. Paradoxalement,
nos trésors sur papiers disparaissent le plus souvent par le
feu. Un feu qui n’est pas sacré.
Sans aspirer à écrire pour être
publié, on peut tout de même écrire
pour immortaliser. Pourquoi laisser aux grands de ce monde
l’occasion de laisser des traces de leur passage dans notre
humanité? Notre passage, avec ses beautés, vaut
aussi l’immortalité. Imaginez qu’au
cours de votre vie vous ayez un cahier destiné
à quelqu’un que vous aimez et que vous
écriviez de temps en temps dedans, ne serait-ce que trois ou
quatre fois par année, et ce, pendant le reste de votre vie.
Pourquoi pas un cahier pour chaque être
significatif? La personne qui héritera de ce
trésor sera touchée,
profondément… son âme vibrera
d’amour, c’est certain. Nul besoin
d’être un grand auteur pour accéder
à l’immortalité. Les simples
événements de la vie, les bons moments
passés avec l’être cher deviennent de
délicieux souvenirs. Il suffit de raconter : «
Cher Alain, nous sommes jeudi, le 8 septembre 2010. Nous avons
passé l’après-midi ensemble. Nous avons
mangé au café Pierre Jean Jase avant
d’aller au cinéma voir le film Piché.
Tu portais ta belle chemise bleue comme tes yeux. (…)
»
L’élan de vie qui facilite la rédaction
de notre immortalité, je le nomme ressenti. Le ressenti est
le courant qui traverse chaque humain conscient
d’être vivant. Je le compare à une
rivière. Cette rivière vit les saisons de la vie.
Elle est tantôt calme et invitante comme en plein
été, tantôt forte et effrayante comme
aux grandes crues du printemps. Et qu’arrive-t-il quand notre
rivière devient affolée? Elle nous fait peur.
Quel est alors le réflexe premier de la plupart?
Arrêter le courant de cette rivière
enragée. Le problème, c’est que
plusieurs humains ont cette faculté : arrêter de
ressentir. Ils se croient alors en
sécurité… le danger
étant sous contrôle. Cependant, si
l’occasion se présente, allez voir ce qui arrive
quand on empêche une rivière de couler.
L’eau ne s’arrête pas pour autant. Son
parcours devient soit amplifié,
générant des chutes, des rapides ou des remous ou
encore, la rivière sortira de son lit pour se frayer un
chemin là où n’était pas
prévu son destin. Pour ma part, ayant eu une enfance
difficile, dès mon plus jeune âge, j’ai
contacté l’intensité de ma
rivière. J’ai réussi,
jusqu’à maintenant, à la maintenir dans
son lit, parce que j’ai choisi
l’écriture pour canaliser son énergie.
Quand c’est tellement intense qu’on
n’arrive pas à le nommer, reste
l’écriture pour en parler. Et quand la vie va si
vite qu’on ne trouve pas le temps de
s’arrêter pour l’écrire, reste
un atelier pour se l’accorder. Depuis 2007 que je partage mon
feu sacré avec quiconque souhaite contacter son essence par
l’écriture. Je donne maintenant des ateliers
d’écriture sensorielle, écriture du
ressenti, un peu partout au Québec.
Elsa Triolet a dit: « L’écriture,
c’est comme les palpitations du cœur, cela
se produit. » À cela
j’ajouterais que le cœur, c’est la source
même du ressenti qui nous lie à la Vie.